Examen des plans d’actions Prévention du jeu excessif et du jeu des mineurs des opérateurs de jeux d’argent : un objectif de réduction de la part des joueurs excessifs qu’il faut poursuivre et amplifier
Le 02.04.2025
Entre le mois de janvier et le mois de mars 2025, le collège de l’Autorité nationale des jeux a examiné les plans d’actions « Prévention du jeu excessif ou pathologique et du jeu des mineurs » présentés par l’ensemble des opérateurs de jeux d’argent et de hasard : les 2 opérateurs titulaires de droits exclusifs et les 16 opérateurs de jeux en ligne agréés, les 203 casinos ainsi que les 235 hippodromes. Tout en soulignant les progrès accomplis par le secteur, l’ANJ a rappelé que des efforts supplémentaires devaient être accomplis pour atteindre l’objectif d’une diminution du nombre des joueurs excessifs d’ici 2026, lequel doit constituer une priorité absolue pour l’ensemble des acteurs. Elle a, dans cette perspective, adressé plusieurs prescriptions aux opérateurs de jeux, en insistant sur l’importance de l’identification et de l’accompagnement des joueurs excessifs.
Depuis l’ordonnance du 2 octobre 2019 réformant la régulation des jeux d’argent et de hasard, qui vise à renforcer le niveau de protection des joueurs, les opérateurs de jeux d’argent doivent soumettre chaque année à l’approbation de l’ANJ leur plan d'actions en vue de prévenir le jeu excessif et le jeu des mineurs. Cette obligation est l’occasion d’un dialogue régulier entre le régulateur et les opérateurs et de formulation par l’ANJ de prescriptions.
Le jeu excessif et le jeu des mineurs constituent en effet un des risques les plus prégnant du marché des jeux d’argent en France.
L’OFDT a estimé en 2024 à 1 170 00 millions les joueurs problématiques, dont 360 000 de niveau excessif.[1]
Malgré l’interdiction légale, la pratique de jeu des mineurs est une réalité. Selon la dernière étude « EnCLASS » 2021 de l’OFDT[2], 1 collégien de 3ème sur 4 a déclaré avoir déjà joué à un jeu d’argent ou de hasard dans l’année. L’étude ENJEU-Mineurs[3] menée par la SEDAP révèle que, en 2021, plus d’un tiers des jeunes mineurs interrogés sont joueurs (34,8 %).
La part du (PBJ) Produit Brut des Jeux attribuable aux joueurs problématiques représentait 38,3% en 2019 dont 20,7% pour les joueurs excessifs4 .
Dans son plan stratégique 2024-2026, l’ANJ a fixé comme priorité centrale de la régulation la diminution drastique du nombre des joueurs excessifs au sein du marché des jeux d’argent.
Les plans d’actions des titulaires de droits exclusifs
En ce qui concerne l’activité sous droits exclusifs de la FDJ et du PMU, soit presque 2/3 du marché français des jeux d’argent, l’ANJ a approuvé les plans qui lui ont été soumis en enjoignant cependant aux deux monopoles de renforcer leur action dans deux domaines clés identifié dans le plan stratégique de l’ANJ pour la période 2024-2026 :
Veiller au respect le plus strict de l’interdiction de vente aux mineurs en déployant une politique exigeante de contrôle des points de vente (nombre de points de vente contrôlés, régime de sanction applicable et représentativité des points de vente contrôlés) ;
Renforcer le dispositif d’identification et d’accompagnement des joueurs excessifs, notamment, par le déploiement en 2025 d’une expérimentation de jeu identifié dans les points de vente et d’un plan de formation et de contrôle des détaillants.
Les plans d’actions des opérateurs agréés
La stratégie de pilotage de régulation par objectifs mise en place par l’ANJ depuis son installation, appuyée par une politique d’accompagnement étroit à la conformité, s’avère globalement payante pour le marché du jeu en ligne :
Des avancées tangibles du point de vue de la prévention du jeu excessif : actions pour favoriser la prise de conscience du joueur (« Dashboard de la pratique de jeu », messages de « feed-back » personnalisé sur l’activité de jeu) ;
Une hausse des standards de protection en matière d’identification et d’accompagnement des joueurs excessifs en ligne qui s’est traduite par une hausse du nombre déclaré de joueurs identifiés et accompagnés grâce aux évolutions apportées aux dispositifs de détection. La majorité des opérateurs a mis en place des mesures d’accompagnement plus individualisées et mieux adaptées aux risques, comme l’exclusion systématique des joueurs excessifs des gratifications commerciales ;
Concernant la protection des mineurs, l’ensemble du marché affiche un logo standardisé mis à disposition par l’ANJ. Certains opérateurs en ligne ont déployé des dispositifs spécifiques pour prévenir les tentatives de contournement de l’interdiction de jeu appliquée aux mineurs.
En dépit de ces progrès substantiels accomplis depuis quatre ans, l’ANJ constate cependant, ainsi que l’étude EROPP l’a récemment rappelé, que le jeu problématique occupe une place encore trop importante dans le marché du jeu d’argent en ligne. C’est pourquoi elle a demandé à ces opérateurs d’identifier davantage de joueurs excessifs en cohérence avec la taille de leur bassin de joueurs et des études de prévalence. Ils devront par ailleurs démontrer des résultats tangibles et mesurables qui pourront être vérifiés par des opérations de contrôle. A ce titre, les actions suivantes devront notamment être mises en œuvre :
Détecter et intervenir le plus tôt possible pour les cas les plus sévères ;
Mettre en place des limites de jeu complémentaires pour les offres de jeux les plus à risques (tels que les tournois rapides de poker, le live-betting).
Les plans d’actions des casinos
L’examen des bilans et des plans d’action a été analysé au regard de la priorité fixée par l’ANJ en 2024, à savoir le renforcement de l’identification et de l’accompagnement des joueurs excessifs, par le biais notamment d’une meilleure formation des personnels.
De manière générale, l’ANJ constate une progression globale de la conformité du secteur, qui demeure toutefois encore hétérogène :alors que certains groupes ou établissements continuent de s’améliorer en cherchant à reprendre à leur compte les meilleures pratiques du secteur, d’autres ont peu évolué depuis 2021.
L’ensemble des plans d’actions, à l’exception d’un casino, ont ainsi été approuvés, le plus souvent assortis de prescriptions permettant d’améliorer encore le niveau de protection des joueurs.
Les enjeux relatifs aux pratiques des joueurs problématiques au sein des casinos, qui constitue le fil rouge du travail engagé par l’ANJ dans le cadre de ces plans, a par ailleurs été approfondi par une récente étude du cabinet Verian mandatée par l’ANJ. Cette étude avait pour objectif de mieux suivre et comprendre les populations les plus vulnérables face au jeu et d’adapter les dispositifs de prévention de jeu excessif. Elle met notamment en avant le fait que les casinos sont jugés légitimes pour porter des messages de prévention et accompagner les joueurs problématiques, ainsi qu’une méconnaissance des joueurs des aides disponibles contre le jeu excessif.
Afin d’aider les casinos à progresser dans cette voie, l’ANJ a réalisé un dispositif d’e-learning avec des exemples de solutions concrètes permettant de détecter les difficultés et de savoir y répondre de la façon la mieux adaptée. Lancé en novembre 2024, plus de 760 personnes ont à ce jour suivi ce module.
Les plans d’action des sociétés de course coordonnées par la FNCH (Fédération nationale des courses hippiques)
La Fédération Nationale des Courses Hippiques supervise 10 Fédérations Régionales et rassemble 235 sociétés de courses (hippodromes) en France, métropole et Outre-mer.
Des efforts notables ont été constatés en ce qui concerne l’information des joueurs, la mise en place de nouveaux modules de formation des bénévoles et l’instauration d’actions de contrôle par la FNCH. Les prescriptions adressées par l’ANJ en 2025 portent essentiellement sur la protection des mineurs, en rappelant la nécessité de distinguer les espaces dédiés aux familles et aux paris hippiques et celle de veiller à ce que le contenu des animations proposées aux enfants ne constitue pas une initiation indirecte aux jeux d’argent. Par ailleurs, l’ANJ a invité la FNCH à poursuivre ses actions pour améliorer l’identification et l’accompagnement des joueurs excessifs dans les hippodromes, qui demeurent à ce stade encore insuffisantes.
[1] La pratique des jeux d’argent et de hasard en France en 2023, OFDT, décembre 2024.
[2] https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/epcxet2c1.pdf
[3] Les problèmes liés aux jeux d’argent en France, en 2019, note de l’ODJ n°12, 2020