L’algorithme développé par l’ANJ révèle un nombre de joueurs excessifs inquiétant et en croissance

Le 13.05.2026

A l’occasion de la présentation de son algorithme permettant d’estimer la part du jeu excessif dans le jeu en ligne et sur compte, l’ANJ dresse un état des lieux de l’identification des joueurs excessifs, qui constituait une priorité centrale de son plan stratégique 2024-2026.  Les premières estimations obtenues grâce à cet outil innovant sont préoccupantes puisqu’elles pointent une double tendance à la hausse du nombre des joueurs excessifs et de leur contribution au chiffre d’affaires des opérateurs. En effet, l’algorithme a identifié 600 000 joueurs qui ont une forte probabilité d'être excessifs, soit 8,7% de la population totale des joueurs sur compte. Ces joueurs ont généré 1,2 Md€ de PBJ, soit 60% du PBJ total. L’effort d’identification des opérateurs est donc insuffisant et il devient urgent d’y remédier par une action déterminée. Pour ce faire, l’ANJ met à leur disposition cet algorithme qu’ils peuvent utiliser en complément de leurs propres outils. De son côté, l’ANJ mobilisera l’algorithme pour disposer d’un point de référence lui permettant de suivre les tendances.

Dans son plan stratégique 2024-2026, l’ANJ a placé la réduction du jeu excessif ou pathologique au cœur de la régulation du secteur et de ses attentes vis-à-vis des opérateurs de jeux d’argent et de hasard.

Elle a ainsi demandé à l’ensemble des acteurs du marché de respecter leur obligation légale d'identification et d'accompagnement en identifiant davantage de joueurs excessifs, en cohérence avec la taille de leur bassin de joueurs, et de mieux les accompagner. Cet accompagnement peut prendre des formes diverses comme des appels téléphoniques, des propositions de mise en place de modérateurs ou de limitations de jeu adaptées, une mise en relation avec des associations ou centres de soins, voire des fermetures de comptes joueurs, etc.

A l’occasion de l’examen annuel des plans d’actions « Prévention du jeu excessif ou pathologique », l’ANJ a constaté des résultats en progression concernant les dispositifs d’identification des joueurs excessifs ou pathologiques en ligne. Cela s’est traduit par un nombre de joueurs identifiés multiplié par trois entre 2024 et 2025, passant de 31 000 à 89 000 joueurs excessif identifiés par les opérateurs.

Ce nombre demeure toutefois incohérent avec la taille du bassin de joueurs des opérateurs et des études de prévalence, conduisant l’ANJ à leur demander d’identifier encore davantage de joueurs excessifs, en renforçant leurs dispositifs.

Afin de mieux objectiver ses demandes de mise en conformité, l'ANJ a développé un algorithme permettant une identification des joueurs excessifs dans l'univers des joueurs sur compte (opérateurs agréés en ligne et jeu sur compte FDJ et PMU). Cet outil s’inscrit dans la démarche d’accompagnement des opérateurs et poursuit un double objectif : 

  • Aider les opérateurs proposant une activité de jeu sur compte à satisfaire à leur obligation d’identification ;

  • Permettre au régulateur d’objectiver l’effort demandé aux opérateurs en termes de détection des joueurs excessifs et de réduction du PBJ (Produit Brut des Jeux) généré par ces joueurs.

Cet algorithme n’a en revanche pas vocation à mesurer le nombre exact de joueurs excessifs ou d’estimer la prévalence du jeu excessif à la manière des enquêtes barométriques en population générale.

 

Comment cet algorithme a-t-il été développé ? 

 

L’ANJ dispose de toutes les données de jeu réalisées en ligne à partir d’un compte joueur détenu auprès d’un opérateur agréé ou auprès de FDJ et PMU. Ces données lui sont transmises en continu par les opérateurs, afin de lui permettre d’assurer ses missions.

C’est notamment à partir de ce vivier de données que l’algorithme a été conçu à partir de 2024 ainsi que sur littérature scientifique. En 2025, l’ANJ a présenté cet algorithme aux opérateurs et organisé une concertation. 

L’algorithme mobilise 23 indicateurs ou critères de risques permettant d’obtenir un score unique pour chaque joueur. Ces indicateurs sont relatifs aux mouvements financiers, aux modérateurs de jeu, à l’activité et la fréquence de jeu ainsi qu’aux antécédents du joueur. 

En fonction du score, les joueurs sont répartis en 4 catégories : joueur récréatif, joueur à risque modéré, joueur excessif et joueur manifestement excessif. 

La performance de l’algorithme a été validée et mesurée à l’aune de l’ICJE (Indice Canadien du Jeu Excessif), sous le contrôle d’un comité scientifique composé de chercheurs et de chercheuses reconnus[1].

Si des initiatives similaires sont en cours dans d’autres pays tels que l’Espagne ou les Pays-Bas, l’algorithme de l’ANJ est le premier disponible en Europe. 

 

Quel sont les premiers résultats ?

 

Les premières estimations sont doublement préoccupantes car elles montrent clairement : 

  • Une tendance à la hausse du nombre de joueurs excessifs, qui augmente plus vite que le nombre de joueurs. 

Au 2ème semestre 2025, l’algorithme a identifié 600 000 joueurs qui ont une forte probabilité d'être excessifs, soit 8,7% de la population totale des joueurs sur compte. Parmi ces joueurs, 300 000 le sont si manifestement que leur identification par les opérateurs est impérative. 

Si l’augmentation tendancielle de ce nombre depuis 2023 est vraisemblablement due à la croissance globale du marché, elle n’explique pas tout car le nombre de joueurs excessifs a augmenté plus vite que le nombre de joueurs.

  • Une tendance à la hausse de la contribution des joueurs excessifs au chiffre d’affaires des opérateurs 

Les joueurs excessifs ont généré 1,2 Md€ de PBJ, soit 60% du PBJ total, proportion en hausse constante depuis 2023.

 

Quels usages de cet algorithme ? 

 

Pour les opérateurs, c’est un outil facultatif qui est mis à leur disposition en toute transparence et qu’ils peuvent utiliser comme un baromètre de la conformité afin de mesurer si leur identification des joueurs excessifs est au juste niveau. L’algorithme ANJ peut être utilisé en complément des algorithmes propres à chaque opérateur.

Pour le régulateur, l’algorithme propose un point de référence précieux permettant de suivre les tendances et d’évaluer l’efficacité de la prévention du jeu excessif ou pathologique, premier des objectifs de la politique de l’Etat, auquel doivent concourir les opérateurs.

Dans le cadre de l’examen des plans d’actions « Prévention du jeu excessif ou pathologique » en 2027, l’ANJ pourra par exemple comparer le nombre de joueurs excessifs déclarés par les opérateurs avec le nombre détecté via l’algorithme. 

En tout état de cause, l’ANJ attend des opérateurs qu’ils identifient à court terme les joueurs manifestement excessifs (environ 300 000), et qu’ils s’emploient par ailleurs à détecter l’ensemble de la population des joueurs excessifs telle qu’elle apparait via l’algorithme (environ 600 000).

 

Pour Isabelle FALQUE-PIERROTIN, Présidente de l’ANJ : « La finalisation de cet algorithme et sa mise à disposition pour les opérateurs constituent une étape décisive pour le régulateur. Celle-ci témoigne de sa capacité à concevoir un outil innovant et performant, conçu au plus proche de la réalité des pratiques des joueurs en ligne. En complément des études barométriques, l’algorithme permet d’objectiver l’effort d’identification des joueurs excessifs que les opérateurs doivent poursuivre sans attendre. Enfin, il apparait nécessaire que cette identification puisse aussi s’exercer en points de vente, objectif que nous demandons aux deux monopoles de poursuivre depuis 2024. »

 


 

[1] JeanMichelCostes (Chercheur associé, Chaire de recherche sur l’étude des jeux, Université Concordia de Montréal, Canada)[1], AmandineLuquiens (Professeur, Service d'addictologie, CHU Nîmes, CESP,  Inserm U 1018)[2], GaëlleChalletBouju (Ingénieur de recherche hospitalier (PhD, HDR) CHU Nantes, Equipe Inserm UMR1246 SPHERE)[3] etSylviaKairouz (Professeur et directrice de la Chaire de recherche sur l’étude des jeux, Université Concordia de Montréal, Canada).